Thursday, June 11, 2009

D'une "réforme" à l'autre- Réponse à un courrier de F.Séguy

Que le mensonge et la ruse soient institués à un niveau aussi haut dans la gestion des affaires publiques du pays, particulièrement à l’Université, gardienne des valeurs morales et éthiques. Les avis sont là pour témoigner que le rectorat avait lancé, en janvier 2006, les inscriptions pour une maîtrise en Communication sociale. Pourquoi, de janvier à octobre 2006, ont-ils soigneusement évité, contre toute insistance, de spécifier l’orientation de la maîtrise en Communication? Faut-il conclure que le Conseil exécutif de l’UEH, l’une des plus hautes instances universitaires du pays, n’est pas arrivée à faire la distinction entre Journalisme et Communication sociale ? Entre mensonge, ruse ou incompétence…

Bonjour Séguy,

Je suis très heureuse de constater que votre génération n’a nullement jeté l’éponge, comme on dit, et se trouve en première ligne pour défendre les maigres acquis des luttes estudiantines haïtiennes, vieilles de plus de 70 ans. Je veux remonter aux années 1929, date des premières secousses dans le milieu universitaire. Il ne faut pas, même si, selon toute logique l’on voudrait bâillonner, marginaliser, récupérer, enfin diluer toute voix discordante dans la mêlée insipide qu’est devenue l’espace intellectuel et universitaire chez nous. Vous m’excuserez de m’emporter, mais les enjeux, une fois de plus sont trop importants pour ne pas exprimer mon ras-le-bol et mon indignation.

. Mais revenons à l’objet du jour, la lettre de protestation relative au programme de maîtrise « raté » de la faculté des Etudes post-graduées, nouvellement instituée à l’UEH. Tout d’abord, je signale, dans le paragraphe repris et dont un passage est souligné, que vous partez d’une fausse prémisse : Je m’inscris en faux que l’UEH soit gardienne des valeurs morales et éthiques. Souvenez-vous dans quelles conditions, cette institution organisât ses élections. Je me réfère aux joutes de renouvellement des dirigeants de facultés, comme l’ENS, l’Ethnologie, la Faculté de Médecine et de Pharmacie, la FAMV, l’INGHEI, j’en passe. Je ne mentionnerai pas les unités pour lesquelles, les dirigeants sont reconduits à satiété. L’incapacité à renouveler nos élites, plus particulièrement, là où elles devraient être formées est la preuve indiscutable que nous sommes très loin de frayer les chemins pour des lendemains meilleurs. Aussi « notre gardienne » se révèlera t-elle sans autorité aucune devant la débâcle des élections de 2000 et celle de 2006. Comment l’UEH pourrait-elle se prononcer sur des sujets dont elle-même n’offre aucun modèle, aucun repère, et affiche le même degré d’opacité, de déficit démocratique et d’absence de débats articulés, axés sur les problèmes à résoudre, des débats opposant des points de vue opposés et/ou contradictoires capables d’élucider les questions de fond. Où donc, a-t-on assisté à de tels exercices durant « les périodes de campagne électorale » qui se sont succédées entre 1998 à 2003 ? Je n’en ai pas souvenance. Donc, au départ, nous ne pouvons pas demander à l’UEH d’être ce qu’elle n’est pas : gardienne des valeurs morales et éthiques, démocratiques pour la circonstance !

Le deuxième point que je tenais à soulever est directement lié aux revendications des étudiantes et étudiants de la lettre citée plus haut. J’ai noté, dans l’argumentaire, chronologique et factuel, un défaut de taille : la pertinence ou l’opportunité d’introduire le programme de maîtrise en question. Il est vrai que vous soulevez, en préambule, la dispersion des initiatives-pour louables qu’elles soient- des autorités universitaires. En effet, les questions de principe, disons dans ce cas, les questions de départ à toute introduction de filière, programme, curriculum sont l’objet d’études approfondies et de justifications aussi bien d’ordre académique que socio-économique (les lois d’offre et de demande du marché de l’emploi). Toute remise en question des programmes existants ou introduction de nouveaux est soumise à cette règle de base, de sorte que les filières et/ou programmes soutenus par les curricula (et professions affiliées) adéquats répondent aux normes pédagogiques et didactiques les plus élémentaires. Cette foison de « maîtrises » est le signe évident d’une mauvaise articulation ou d’une non-articulation entre objectifs de formation et besoins réels (exprimés ou anticipés/étudiés/déduits), entre réforme institutionnelle et réforme académique, entre buts et moyens, enfin, entre principe et méthodes. Nous ne sortons pas de la routine de l’UEH, en d’autres mots. Que nos étudiants et étudiantes ne s’étonnent pas de changements de parcours, de dispositions contraires aux prévisions, de revirements, etc… Nous sommes dans un état d’entropie maximale et l’agitation thermique est à plein rendement. Dans pareille situation, il ne se produit aucun travail. Il n’y a que dispersion d’énergie (transférée dans le milieu environnant). Gran van, ti lapli.

La question de fond est qu’il n’y a pas de génération spontanée. Quelle évaluation (externe, car on ne peut être juge et parti à la fois) a-t-on eu de la diversité du programme de licence dispensé dans nos 11 unités d’enseignement. J’en veux pour preuve :
L’ENS, jusqu’à récemment, offrait la licence après 3 ans, dont une année préparatoire incluse ; la faculté de Pharmacie, est passée de 3 à 4 ans pour la licence, sans évaluation préalable, sans justification ni approbation par une quelconque autorité universitaire ou étatique-comme si l’UEH formait pour elle-même- ; la FAMV qui offre une licence en agronomie (le titre exact est ingénieur –agronome), après 3ans de tronc commun et 2 ans de spécialisation théorico-pratique : l’INAGHEI, une licence en gestion ou en comptabilité, ou en études internationales, après 4 ans. Il vous faut aussi relever que les dispositions académiques sont aussi diversifiées, système de crédit à l’INAGHEI, système traditionnel-annuel ailleurs. Une évaluation, ou mieux une normalisation s’impose. Mais ce n’est pas demain la veille.
Aussi outrée suis-je contre l’introduction de nouvelles dispositions, d’ajouts et de remaniements faits sans le moindre souci académique, administratif ou budgétaire, je suis tout aussi farouchement opposée à ce qu’une telle normalisation se fasse dans la même pagaille. Est-ce pourquoi la réforme presse. Mais quelle réforme ? Dans quelles conditions ? Pour les enjeux, nous n’avons cesse de les répéter : transformation radicale de cette structure obsolète dans toutes ses dimensions : académique, pédagogique, administrative, financière, culturelle, physique.

Je vous salue dans la patrie commune,

Marie Carmel Paul-Austin
New York, 30 octobre 2006

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